Publié le 14/03/2012

Après trois rencontres, les lacunes de ce XV de France avaient l'avantage d'être bien connues… elles furent pourtant encore criantes à l'occasion du Crunch dimanche dernier au Stade de France. La plus marquante fut encore et toujours une entame de match catastrophique. Mais contrairement aux rencontres disputées face à l'Italie, l'Ecosse et l'Irlande, elle fut cette fois fatale. Avec Tuilagi et Foden dans le rôle des bourreaux, les Anglais prenaient le large dès la 20ème minute pour s'installer en tête d'un match qu'ils ne lâchèrent jamais et qu'ils surent gérer de main de maître.
Contrairement au week-end précédent et la réception de l'Irlande, jamais les Français ne furent capables de reprendre les rênes de cette rencontre. Même lorsqu'ils revinrent à deux points de leurs meilleurs ennemis (15-17 à la 70ème minute), ils payèrent cash leurs efforts en encaissant un nouvel essai, œuvre de Croft, déchirant le rideau défensif tricolore la minute suivante. Errances défensives, stérilité offensive, maladresses, manque de réussite au pied, une charnière en difficulté tout le match… trop de choses qui empêchèrent la France de pouvoir espérer s'imposer.
Pourtant encore, une fois, les hommes de Philippe Saint-André montrèrent d'énormes qualités mentales, mais encore une fois, alors qu'ils étaient déjà en grand danger. Cette fois, cela n'aura pas suffi à une équipe et un sélectionneur qui connaissent là leur premier revers depuis le début de leur collaboration, et nous l'espérons, un des rares à venir. On aurait aimé voir des bleus triomphants, même peu séduisants, d'abord pour le plaisir de voir cette équipe gagner, ensuite pour remercier de glorieux cadres, toujours à disposition de cette équipe, Bonnaire, Nallet et Servat qui disputaient leur dernier match en Bleu sur le sol français.
Des satisfactions… quand même !
Ce ne sera pas le cas, car cette défaite est malheureusement méritée. Pourtant il apparaît des motifs de satisfaction, incarnés par deux joueurs, un avant et un trois quarts. Mention spéciale à Imanol Harinordoquy qui confirme une fois de plus qu'il est, comme le Capitaine Thierry Dusautoir (un peu moins pour l'occasion), incontournable chez les Bleus. Malgré un raté et une incompréhension en défense avec Rougerie qui coûta au XV de France son troisième essai encaissé du match, le troisième-ligne biarrot a été énorme. Enorme en touche, énorme sous les ballons chaud, énorme dans le jeu… un match plein qui n'aura cependant pas évité le pire.

L'autre satisfaction de ce XV de France vient des trois-quarts, et du centre, avec la nouvelle pépite qu'est Welsey Fofana. Appelé sous le maillot pour la première fois à l'entame de la compétition, il n'eut de cesse de s'imposer comme la valeur sûre de cette compétition côté français. Solide en défense il aura également brillé en attaque, par ses qualités, énormes, et un froid réalisme. Quatre matches quatre essais, un par rencontre. Le joueur de Clermont réalise pour le moment un sans-faute, qu'il pourrait prolonger à Cardiff et entrer dans l'histoire avec une nouvelle réalisation.
En effet, seuls six joueurs ont réalisé l'exploit de marquer un essai par match durant la compétition (Catcheside (Angleterre, 1924), Cooper-Wallace (Ecosse, 1925), Estève (France, 1983), Sella (France, 1986), Tait (Ecosse, 1999), Bernat-Salles (France, 2001)), et seul l'ex ailier biarrot l'ayant réussi depuis que le Tournoi est passé à six équipes avec l'entrée de l'Italie (2000). Une performance qui serait fantastique pour une première campagne avec le XV de France et qui serait à coups sûr un gage de qualité pour l'avenir.
Trancher dans le vif
Reste que malgré ces satisfactions de taille, ce premier revers est une terrible désillusion car il met fin à tous les espoirs français dans ce Tournoi. Encore en course pour le Grand Chelem il y deux semaines avant d'affronter l'Irlande, les Bleus, s'ils avaient fait une croix dessus à l'issue du match, pouvaient encore espérer gagner le Tournoi avant le Crunch. En deux matches, tout s'est écroulé, et si les espoirs de victoire se sont envolés, la victoire à Cardiff revêt une importance énorme. D'abord pour finir sur une bonne note. Ensuite pour empêcher les Gallois de réaliser le Grand Chelem.
Pour cela, Philippe Saint-André a décidé de trancher dans le vif, avec six nouveaux joueurs pour affronter le Pays de Galles. D'abord des habitués du groupe France, appelés dans le groupe des 30 pour la préparation du Tournoi : Palisson, Pierre, Ouedraogo et Yachvili, ce dernier ayant même participé au match inaugural face à l'Italie avant d'être écarté sur blessure. Ensuite un petit nouveau, Buttin, irrésistible à Clermont depuis le début de la saison, au point de faire son apparition en Bleu (Espérons pour lui et pour nous qu'il aura le même rayonnement que son compère Fofana). Enfin, le retour d'un banni, d'un maudit, d'un oublié : Florian Fritz.

C'est un petit chamboulement, contraire aux principes qu'il avait énoncés avant la compétition, que le sélectionneur a du effectuer. En effet, obligé de revoir ses plans en raison des blessures de certains et de la défaite face à l'Angleterre (Nallet aurait été reconduit en cas de victoire), il a du avancer les tests de joueurs qu'il prévoyait pour l'automne. Gageons que cela servira d'électrochoc. En tout cas, il faudra montrer un tout autre visage, car si la France propose aux Gallois ce qu'elle a proposé à ses autres adversaires, surtout en début de match, l'addition risque d'être salée. En effet, leader de la compétition, en route pour le sans faute, le Pays de Galles domine le Tournoi de la tête et des épaules. Nouvelle preuve à l'appui, les Diables Rouges, moins inspirés qu'à l'accoutumée, n'eurent pourtant pas à forcer leur talent pour venir à bout de toujours accrocheurs italiens. Faisant parler leur puissance, ils purent en revanche s'appuyer sur l'extraterrestre Jamie Roberts, qui éclaira la rencontre d'une inspiration et d'un essai de 60 mètres pour tuer le match avant l'heure de jeu.
Place au défi physique
Il faudra donc répondre présent dans le défi physique face à une formation experte en la matière. Il faudra également prendre en compte l'environnement de ce match. Les Gallois ont toujours en travers de la gorge la défaite en demi-finale de la dernière Coupe du Monde 9-8, et auront à cœur d'effacer ce triste épisode de leur mémoire par une victoire contre la France. D'autre part, se disputant à Cardiff, dans l'antre de leurs adversaires portés par le peuple du Millenium, ce match pourrait offrir aux Gallois le Grand Chelem (même si une défaite pourrait leur permettre de remporter le Tournoi).
Pour le côté positif de ce déplacement, les Français restent sur quatre victoires pour une défaite lors des cinq dernière confrontations avec les diables Rouge dans le Tournoi, même statistique pour les matches disputés à Cardiff. Mieux, ils ne se sont inclinés qu'à deux reprises au Millenium (pour six victoires), depuis que les Gallois ont pris leurs quartiers dans cette superbe enceinte en 2000. Si la solidité des avants tricolores n'est plus à prouver, avec des joueurs comme Fritz, Rougerie ou Buttin derrière, les Bleus ont de sérieux arguments à proposer à leurs adversaires. Ils en auront également d'autres, dans le contournement cette fois, où des profils comme Fofana, Palisson ou Poitrenaud, pourraient jouer des tours aux monstrueux Diables Rouges.
Reste que les Français n'ont plus rien à perdre, au contraire, tout à gagner en rendant une copie enfin séduisante. Sans pression, ils devront être capables de contenir leur adversaire et de soutenir la furia du peuple du Millenium de Cardiff pour lâcher les chevaux. La victoire serait belle, mais l'idée de finir la compétition sur une bonne note encore plus. Si elle ne remettrait pas en cause les difficultés rencontrées par cette équipe durant la compétition, elle les atténuerait certainement. Poursuivre la construction de ce nouveau XV de France serait alors moins compliqué. Seul l'avenir nous le dira, et aux alentours de 17h30 samedi, nous saurons si les Bleus sont sortis la tête haute, ou s'il faudra encenser le Pays de Galles, auteur du 11ème Grand Chelem de son histoire…
Les 5 dernières confrontations dans le Tournoi
19 mars 2011 / France - Pays de Galles : 28-9
26 février 2010 / Pays de Galles – France : 20-26
27 février 2009 / France – Pays de Galles : 21-16
15 mars 2008 / Pays de Galles – France : 29-12
24 février 2007 / France – Pays de Galles : 32-21
Bilan tricolore, 4 victoires pour 1 défaite
Les 5 dernières confrontations dans le Tournoi au Millenium
26 février 2010 / Pays de Galles – France : 20-26
15 mars 2008 / Pays de Galles – France : 29-12
18 mars 2006 / Pays de Galles – France : 16-21
7 mars 2004 / Pays de Galles – France : 22-29
16 février 2002 / Pays de Galles – France : 33-37
Bilan tricolore, 4 victoires pour 1 défaite
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