Publié le 31/01/2012

- Le XV de France va faire son entrée dans le Tournoi, le moment de faire un petit état de lieu après une fin d'ère Lièvremont « tendue », une finale de Coupe du Monde et l'arrivée de Philippe Saint-André à la tête de l'équipe ?
Ce sont les journalistes qui disent que les derniers mois de Marc Lièvremont à la tête du XV de France ont été tendus voire compliqués, et ce parce qu'une certaine communication a transpiré. Mais n'était-ce pas une stratégie pour booster ce groupe avant et pendant la Coupe du Monde ? Sûrement… l'ancien staff défendra cela, les détracteurs diront le contraire. Mais peu importe, car aujourd'hui les choses ont changé avec l'arrivée d'un nouveau staff et le début d'une nouvelle aventure. Celui-ci a voulu faire le pont avec des anciens (Servat, Bonnaire, Nallet…) et le futur des Bleus (Maestri, Fofana…)
Ces joueurs hyper expérimentés, qui hormis miracles de la médecine ne devraient pas participer au prochain mondial, permettront l'éclosion des nouveaux talents et amèneront petit à petit la nouvelle équipe de France, contrairement à l'arrivée de Marc Lièvremont qui avait immédiatement injecté beaucoup de sang neuf. Là, nous sommes dans la continuité, avec un peu de nouveauté, c'est une recette qui peut rapidement fonctionner.
- Que peut apporter Philippe Saint-André au XV de France ?
Je ne veux pas apporter de jugement, car même si nous nous sommes côtoyés sur et au bord des terrains, je ne le connais pas. Cependant, j'aime ces gens qui n'hésitent pas à faire leurs valises et à aller voir ce qui se fait ailleurs. Il a eu deux expériences en Angleterre (NDLR : Gloucester et Sale), positives qui plus est, et donc je pense qu'il s'en servira, notamment au niveau du management à la britannique. Je pense qu'il laissera la place aux deux entraîneurs, pour avoir un regard global. De toute façon, tout le monde trouvera sa place.
- Comme la France, l'Italie démarre elle aussi une nouvelle aventure avec Jacques Brunel. Ca vous inspire quoi ?
C'est une excellente chose pour l'Italie que d'avoir Jacques Brunel à sa tête, de part les compétences du technicien et l'état d'esprit de l'homme. Il s'investit énormément dans sa tâche, car, pour preuve, il assiste à toues les rencontres des provinces italiennes engagées en Ligue Celte (NDLR : Trévise et Aironi)). Il sera je pense beaucoup plus proche du rugby italien que n'a pu l'être Nick Mallett.
Outre l'arrivée de Jacques Brunel, il y a une certaine évolution très positive en Italie avec l'éclosion de trois ou quatre excellents joueurs des lignes arrières. Historiquement, et avec de nombreux joueurs originaires d'Argentine, l'Italie sortait plutôt des cadres du paquet d'avant. S'ils s'attaquent désormais aux trois quarts, ce ne peut être que bénéfique.
Le fait de voir leurs provinces, se frotter tous les week-end à des très gros calibres comme le Leinster, le Munster, les Ospreys ou Cardiff est une excellente chose et favorisera la progression de la Sélection nationale. Maintenant, pour être très franc, je ne pense pas qu'ils seront prêts.
- En parlant de progression, l'Italie, depuis son entrée dans la compétition en 2000, en connait une constante. Pour preuve, sa première victoire sur une Nation majeure l'an passé contre la France. Est-elle capable de rééditer cet exploit dès cette saison. Contre la France ou un autre ?
Oui et non, par rapport à ce que je viens de dire. Oui parce qu'ils ont la qualité pour le faire, et avec l'arrivée de nouveaux joueurs, d'un nouveau staff, tout peut se réaliser. Non, car comme je le répète, je ne pense pas qu'ils seront prêts.
- Que leur manque-t-il selon vous ?
Il y a encore des lacunes au niveau de la charnière, et vous savez comme ce secteur de jeu est primordial à haut niveau. Ils sont en train de le combler au niveau du demi de mêlée, mais à l'ouverture ce n'est pas encore le cas. Aujourd'hui, si ce problème ne se ressent pas dans les Provinces, c'est grâce à la présence de quelques étrangers qui comblent ce manque, mais en sélection, ce n'est pas le cas.
Il faut clairement plus d'homogénéité dans un groupe qui compte des joueurs extraordinaires. Castrogiovani est une référence au poste de pilier, il a même été élu meilleur joueur du championnat anglais en 2007, c'est tout dire. Parisse est un superbe joueur. Zanni, qui joue en Italie aussi. Derrière des joueurs comme Masi, Canale ou Bergamasco sont des valeurs sûres. Les talents sont là, mais pas le liant.
Le développement de leur formation tend à limiter ces manques, mais cela sera je pense trop juste cette année. Tout dépendra de la stratégie qu'adoptera Jacques Brunel. Voudra-t-il gagner vite ou se laisser le temps de préparer une équipe compétitive pour la prochaine Coupe du Monde ?
- Premier élément de réponse pour les deux équipes, samedi au Stade de France. N'est-ce tout de même pas le match piège par excellence pour les Bleus, le match de la saison passée offrant une mauvaise pression ?
Franchement ? On est prêts ! La défaite de la saison passée a suffisamment échaudé les joueurs français, d'ailleurs cela a notamment coûté la Coupe du Monde à certains. Donc ils sauront être compétitifs. Maintenant, je pense que le match de la dernière édition, hormis chez les Italiens, n'aura pas réellement d'influence.
L'aventure est passée, il y a eu une Coupe du Monde entre deux, et, sans faire injure aux Italiens, le dernier Tournoi était une préparation à la Coupe du Monde en Nouvelle Zélande. Je ne pense pas que les Bleus étaient là pour gagner le Tournoi, mais pour se préparer au Mondial… même, s'il aurait fallu gagner ces matches ! Le staff mettra certainement en garde les joueurs de la dangerosité de jouer l'Italie, mais pas plus. Je ne vois sincèrement pas comment la France peut passer à côté psychologiquement.
- Quelles seront les clés de la rencontre selon vous ?
Comme toujours face aux Italiens, il faudra mette du rythme. Il n'y a rien de pire que de jouer l'Italie sur un faux rythme, c'est ce qui s'est passé à Rome il y a un an, et la France a perdu. Ils sont forts devants, très bon pour ralentir les ballons, donc il n'y a pas trente six solutions, il faut les mettre en difficulté par le rythme.
L'équation est simple, la France voudra jouer vite, l'Italie ralentir le jeu de l'adversaire. En conquête, que ce soit en touche ou en mêlée cela devrait s'équilibrer. Les Bleus devraient insister sur les ballons de relance, les Italiens mettront l'accent sur le jeu au pied. Si celui-ci est bon, il faudra être patient, s'il ne l'est pas, il faudra être efficace et être réaliste.
- Un petit pronostique sur le classement final ?
Au regard du calendrier, et avec les raceptions de l'Irlande et de l'Angleterre, c'est une année à Grand Chelem. Il y a un nouveau staff, une nouvelle approche, et la nouveauté interpelle toujours plus. Donc je pense que les joueurs seront très investis, très intéressés, donc très motivés et très efficaces. Je pense que le XV de France sera la formation la plus facile à entraîner dans les deux mois à venir. Maintenant, aux joueurs de faire ce qu'il faut. Ceux qui ne seront pas bons sur ce Tournoi ne marqueront pas de points pour le futur. Il faut vite pour eux devenir des cadres de l'ère Saint-André.