Tous les sites LNR
Billetterie

70 ans après, le LOU montre de nouveau ses crocs

Publié le 07/05/2003

Au téléphone, l'homme a du mal à entendre ce que vous lui dîtes. La voix trahit sa désolation de ne pas vous faire mieux partager une mémoire de 91 ans,
mais toujours précise qui voit encore Vincent Graule « aplatir à gauche des poteaux ». Le temps est alors au beau fixe au Parc Lescure de Bordeaux et le LOU va remporter son
deuxième –et dernier- Brennus.




« J'étais remplaçant, explique André Caron. A l'époque c'était vraiment le 16e homme car on ne rentrait pas, même en cas de blessure.
J'étais le premier remplaçant de la ligne d'arrières et nous possédions une très bonne équipe avec un Vincent Graule qui était
certainement le meilleur capitaine de France à l'époque. Cet homme a réussi l'exploit d'être trois fois de suite capitaine en finale. » Capable de
vous donner 13 de ses 15 coéquipiers, André Caron aura été de tous les déplacements du LOU.




« Je n'ai pas joué ce match, tout comme je n'ai pas joué la finale du championnat militaire avec le 35e régiment d'aviation, explique t-il. Mes camarades
avaient plus de métier que moi. Je n'avais que 20 ans, ils avaient entre 25 et 32 ans et à l'époque priorité était donnée à
l'expérience. » Premier capitaine de la première équipe junior du LOU en 1930, André Caron aura par la suite pris la présidence du club entre 1946 et
1951.




Le LOU demi-finaliste en 1951, battu par Perpignan




« Le président d'alors n'aimait pas le rugby, et comme j'étais un peu emblématique dans le club, il m'a offert la présidence. Le LOU a perdu
sa place en première division en 1946 et nous avons été demi-finaliste en 1951, battus par Perpignan où officiait Brazès avec qui j'avais joué… »




Autre temps, autre rugby ? Pas tout a fait… « Il ne faut pas croire, certains joueurs étaient professionnels. Pas dans le sens où ils vivaient financièrement du
rugby mais qu'ils y consacraient beaucoup de leur temps. Ils recevaient alors des primes. Mais tout ceci était caché, plus ou moins sous le manteau », précise-t-il
à l'encontre de ceux qui ne se souviennent pas.




« Le rugby aussi était un peu différent. On est passé du bridge à la belote pour résumer. Je trouve cela moins technique et moins tactique. Le jeu ne
m'enthousiasme pas mais je prends beaucoup de plaisir à aller au stade ». Autant que Lucien Pommier (89 ans) qui a intégré le LOU en 1933, qui prend lui aussi grand
plaisir à se rendre au stade de la Plaine « qui s'appelait stade des Iris auparavant ». « Le rugby c'est presque toute ma vie, avoue l'ancien demi de
mêlée. J'ai joué, entraîné, puis j'ai été arbitre. Mais j'ai arrêté car on subissait trop d'insultes
(déjà ! NDLR) ».




La carte d'abonné numéro 15




Le seul regret de Lucien ? « La guerre a tout cassé, j'aurais peut-être été international mais bon… » Samedi, pour la venue de Périgueux,
Lucien et André seront dans le stade. Lucien avec en main sa carte d'abonné numéro 15, et André sur le siège marqué à son nom « dans le
prolongement de la ligne des 50 mètres en tribune présidentiel ».




Soixante-dix ans après il seront à quelques mètres l'un de l'autre. Comme dit le proverbe, « aimer ce n'est pas se regarder l'un l'autre,
c'est regarder ensemble dans la même direction »…Vers là, où, 70 ans après d'autres joueurs vont s'escrimer à faire vivre
l'œuvre de ces illustres anciens.



..